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Les formes alternatives d’activité (FAA)

Les opinions contenues dans cet article ne reflètent pas la pensée de Mode d'Emploi, mais uniquement celle de l'auteur.

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De quoi parle-t-on ?

« Nouvelles » formes d’emploi, « formes particulières de travail », formes d’emploi atypiques, ou encore formes alternatives d’activité (FAA), que recouvre aujourd’hui ces concepts dont on entend si souvent parler ?

Disons-le tout de suite : il est difficile de définir précisément ces notions dans la mesure où il n’existe pas réellement de consensus sur la question.

Si le sujet des formes alternatives d’activité n’est pas nouveau, il reste néanmoins d’une extraordinaire modernité face aux profondes mutations que connaissent aujourd’hui le travail et son organisation.

Phénomène difficile à appréhender et à mesurer, ces formes d’activité semblent répondre à des aspirations et des besoins autant des individus que des entreprises, mais répondent-elles vraiment aux enjeux sociaux actuels ?

Mode d’emploi tente de définir et décrypter pour vous ces tendances.

Les raisons de leur émergence

Si l’on devait définir de manière simple les formes alternatives d’activité, nous dirions que c’est une manière différente d’appréhender la relation de travail telle que nous la connaissons aujourd’hui, incarnée par le CDI, ce graal si souvent convoité.

Parmi les formes d’emploi les plus emblématiques nous pouvons citer le portage salarial, les coopératives d’activités et d’emploi, la micro-entreprise (anciennement appelé également auto-entreprise), ou encore les travailleurs des plateformes… Si les groupements d’employeurs, les entreprises de travail à temps partagé ou encore le CDI intérimaire peuvent être incontestablement considérées comme des FAA, les premières nous paraissent incarner de manière plus prégnantes les évolutions en cours du marché de l’emploi.

Pourquoi tant de modèles ont émergé depuis les années 80, pour répondre à quel phénomène et à quels besoins ?

Un nouveau rapport au travail ?

Les interprétations sont multiples mais certains facteurs semblent clairement avoir encouragé l’émergence des FAA : installation durable d’un chômage de masse en France, affaiblissement de « l’institution travail » brillamment décrit par Laetitia VITAUD dans son livre « du labeur à l’ouvrage » et du rapport collectif à l’emploi, volonté des personnes de (re)devenir acteur de leur vie professionnelle, besoin de souplesse des entreprises pour s’adapter aux fluctuations du marché…

Laetitia Vitaud lors d’une conférence auprès de WeMind en octobre 2019

En mars 2019, l’APEC consacrait une étude sur le sujet, « Salariat autres formes d’emploi » qui, si elle concerne plus spécifiquement les cadres, vient confirmer ces tendances.

Pour la Fondation travailler autrement, observatoire et Think tank dédié à ce sujet créé en 2009, « Ce n’est donc pas un changement temporaire, une évolution de courte durée mais une tendance puissante et durable. C’est l’ensemble du marché du travail qui redessine sa propre image. »

Un nouveau visage de l’indépendant ?

Le changement de visage du travail indépendant n’y est pas pour rien non plus. Si aujourd’hui le CDI reste largement majoritaire, le travailleur indépendant a fait sa mue comme le décrivent Cécile Jolly et Jean Flamand dans leur note d’analyse « salarié ou indépendant : une question de métiers ? » pour France stratégie en 2017 :

« Il était agriculteur ou patron de restaurant il y a trente ans. Aujourd’hui, il est graphiste, formateur ou électricien. Le visage de l’indépendant a changé. »

Ce glissement des métiers réservés anciennement au salariat vers « l’indépendance » montre un engouement pour le fait de travailler autrement de la part des nouvelles générations.

Mais attention, ces « nouvelles » formes d’emploi ne sont pas toujours le fruit d’un choix serein et éclairé, et peuvent être subies dans un grand nombre de cas, consciemment ou inconsciemment, la plateformisation de l’économie en est un exemple criant.

Formes alternatives d’activité : des dispositifs à parfaire

Les formes atypiques d’emploi incarnées par le portage salarial, la coopérative d’activité et la micro-entreprise, semblent répondre à la fois au besoin des entreprises comme à celui des individus.  Cependant, on peut s’interroger sur la capacité de certaines d’entre elles à répondre aux enjeux structurels du marché du travail.

On le sait, le chômage touche plus particulièrement certaines catégories de la population française et notamment les moins diplômés.

Les formes d’emploi changent-elles la donne et permettent-elles aujourd’hui de répondre à cette problématique d’intégration des moins diplômés sur le marché de l’emploi ?

Pas nécessairement, même si des évolutions notables sont en cours.

En effet, lorsqu’on regarde de près le profil des individus se tournant vers ces formes alternatives d’activité, on constate rapidement que le diplôme reste un critère d’entrée dans ces dispositifs.

Le diplôme : une condition d’entrée ?

L’exemple le plus marquant est évidemment celui du portage salarial. Ainsi, selon une étude récente, 90% des salariés portés avaient auparavant un statut cadre et 78% d’entre eux détiennent un diplôme d’une grande école. Rappelons que l’un des critères d’éligibilité au portage salarial est la qualification, défini par les partenaires sociaux en 2017 comme un niveau minimum requis équivalent à un diplôme Bac+2, ou d’une expérience significative d’au moins 3 ans dans le même secteur d’activité.

Cérémonie de remise des diplômes à l’École Polytechnique – Voir l’image originale

Même au sein des coopératives d’activité et d’emploi, 59% des entrepreneurs-salariés exerçant au sein  de ces dernières possèdent un BAC +3 selon les chiffres du réseau de coopératives « Coopérer pour Entreprendre » ; pourtant dans ce dispositif, aucune obligation de qualification minimum n’est requise.

Enfin, même si la tendance actuelle est au développement de la micro-entreprise pour des personnes moins diplômées, dans le secteur du BTP par exemple ou celui des plateformes numériques de mise en relation, on notera avec intérêt que selon l’étude INSEE parue en 2016, parmi ceux qui ont choisi ce régime, 58% ont des diplômes de niveau baccalauréat ou supérieur, dont 24 % ont un diplôme universitaire du deuxième ou troisième cycle ou d’une école d’ingénieur.

Ainsi, si l’on veut que ces formes d’emploi jouent leur rôle d’intégration sociale, peut-être faudrait-il repenser les critères d’éligibilité de certaines d’entre elles, ou simplement former mieux et plus tôt les personnes porteuses de projet, le diplôme ne devant pas être un frein à l’idée entrepreneuriale.

S’ajoutent à ce frein structurel « classique » du marché de l’emploi des problématiques d’accès à une information fiable sur ces formes alternatives d’activité, et le manque d’accompagnement dans la réalisation et surtout à la concrétisation des aspirations de ces « porteurs de projets » !

Si les CAE et les entreprises de portage salarial ont intégré la partie accompagnement des consultants dans leurs cœurs de métier, tant d’un point de vue administratif que professionnel, les micro-entrepreneurs sont quant à eux le plus souvent livrés à eux-mêmes.

Sophie Vouteaud forme alternative activité
Sophie Vouteau parle de son livre « Ma vie d’auto-entrepreneur » pour PCM production – Capture d’écran

Le livre de Sophie Vouteau sur le sujet est une référence pour comprendre le parcours du combattant vécu par bon nombre d’indépendants sous ce régime. Les organisations se créant pour défendre leurs intérêts, et ce encore récemment avec indépendants.co, ciblant particulièrement cette population, montrent la nécessité d’évolutions de ces formes d’emploi, prometteuses, peut-être, mais encore inabouties.

La micro-entreprise qui existe depuis plus de 10 ans reste aujourd’hui encore un régime relativement précaire, générant une forte insécurité économique avec des revenus annuels relativement bas, et un faible degré de protection sociale, même si la plupart du temps, cette activité reste complémentaire d’une autre, salariée.

Si l’on estime que ces formes d’emploi ont une utilité économique et sociale, leur développement de manière sécurisée et équitable nécessiterait que l’Etat règle les questions fondamentales, de promotion et d’information, d’accessibilité et bien sûr de protection sociale.

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Un article co-rédigé par Fabrice Richard de La Faabrick Cherdet

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